(Ouest-France) PORTRAIT. L’ex-députée reconstruit un projet de vie en Bretagne

, par Le Nouvel Essai

Ancienne députée normande, Isabelle Attard se revendique comme… anarchiste. Celle qui ne croit plus qu’en l’action de terrain imagine un lieu culturel et écologiste en Bretagne.

Sortie des radars politico-médiatiques après sa défaite aux élections législatives de 2017, Isabelle Attard vient de poser ses valises discrètement dans la campagne des Côtes-d’Armor.

L’ex-députée normande dont les prises de position très libres avaient, pendant cinq ans, secoué le Bessin tout autant que l’Assemblée nationale, habite désormais Cohiniac, petite commune rurale située à une trentaine de kilomètres de Saint-Brieuc. Elle dirige depuis septembre le musée de l’École d’antan de Bothoa, à Saint-Nicolas-du-Pelem. Une structure associative, bien petite comparée au Musée de la tapisserie de Bayeux et à celui du Débarquement d’Utah Beach dont elle avait la responsabilité, entre 2005 et 2012.

Le sexisme ordinaire

Ici, en Centre-Bretagne, Isabelle Attard construit sa vie d’après l’Assemblée, sans mandat mais plus que jamais militante puisqu’elle cherche un endroit où créer un lieu d’éducation populaire et politique. Pourquoi la Bretagne ? « Je n’ai plus 20 ans, je ne me voyais pas labourer en terre Front national, je voulais faire vivre mon engagement dans un terreau favorable, explique-t-elle. En Bretagne, il existe de très nombreuses initiatives sociales et écologiques, un tissu militant plus dense qu’ailleurs et plein d’énergie. » Comme Trémargat, village écolo, pionnier de la démocratie participative.

En attendant de trouver ce lieu adapté à ses projets, chaque week-end, elle parcourt la France pour la promotion de son livre, Comment je suis devenue anarchiste, sorti cet automne. Ce livre, elle l’a écrit au cours des deux années qui ont suivi l’échec à sa réélection, en 2017. Elle y dresse le bilan de son mandat de députée au cours duquel, néophyte en politique, s’est vite fait remarquer par ses prises de position indépendantes et radicales.

Rappelez-vous : Isabelle Attard est l’une des quatre élues Europe Écologie les Verts (EELV) à avoir osé briser l’omerta sur le harcèlement sexuel dans leur parti et déclenché l’affaire Baupin. « C’est à l’Assemblée que j’ai vécu l’expérience du sexisme ordinaire », constate-t-elle.

Elle fait aussi partie des rares députés à avoir voté contre la prolongation de l’état d’urgence et des frappes aériennes en Syrie. Ouvertement indépendante, au cours de son mandat, elle a claqué la porte d’EELV pour Nouvelle Donne, qu’elle a quitté au bout de six mois. Autre pavé dans la mare des conventions politiciennes, elle a instauré, dans sa circonscription du Calvados, un jury populaire pour décider de l’attribution de sa réserve parlementaire.

Dans son livre, Isabelle Attard revient sur son expérience d’élue. Elle y décortique les rapports de pouvoir et de domination. La domination des hommes sur les femmes, des lobbys sur les élus, des élus sur les citoyens, des logiques de parti sur les convictions personnelles… Les mêmes qu’elle s’était fait un plaisir de battre en brèche quand elle siégeait au palais Bourbon.

Elle raconte surtout sa prise de conscience, la « déconstruction » de sa vision de la politique qui l’amène, aujourd’hui, à se revendiquer anarchiste. « L’anarchie, ce n’est pas l’absence de règles ni le chaos, insiste-t-elle. Au contraire, c’est l’ordre sans le pouvoir. Dans l’anarchie, chaque personne doit être capable de participer à une prise de décision, de s’autogérer individuellement et collectivement. »

« Être heureux avec moins »

Elle voit dans cette doctrine la possibilité de concilier démocratie sans domination et écologie. Car cette docteure en archéozoologie est convaincue que l’effondrement écologique et démocratique est en route et que le système capitaliste nous envoie droit dans le mur.

Son expérience à l’Assemblée lui a ôté toute illusion sur le pouvoir des députés à améliorer la vie des gens et à faire face aux enjeux environnementaux urgents. « Ce qui se joue à l’Assemblée est une mascarade, tout est écrit d’avance, à l’Élysée. On ne peut pas changer les choses de l’intérieur. » Le dépit d’une perdante ? « Si j’avais été réélue, je serais vite arrivée dans une impasse, car j’avais déjà fait une croix sur notre capacité d’action en tant qu’élus au niveau national. »

Isabelle Attard est de ceux qui pensent qu’il va falloir réapprendre à vivre et « être heureux avec moins ». Décroissants certes, mais pas repliés sur soi, comme l’évoquent les survivalistes. Elle mise sur la solidarité d’une communauté, sur l’éducation et les échanges culturels. Il y aura tout ça dans le lieu qu’elle prépare. Elle cherche une grande maison où recevoir des auteurs et des artistes, où seront donnés des spectacles, où auront lieu des rencontres et des débats. « Un endroit paisible, sans pollution visuelle ni sonore » qu’elle veut aussi « proche d’une forêt ». Elle y cultivera son jardin et a commencé à s’initier à la permaculture. Elle apprend aussi le breton.

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