(La Feuille Charbinoise) Des livres dans lesquels j’ai trouvé du grain à moudre…

, par Le Nouvel Essai

C’est donc l’automne. Les feuilles tombent et la pluie et la neige aussi, c’est de saison ; les chroniques reviennent. La fréquence, je n’en sais trop rien. Les travaux extérieurs ralentissent sérieusement et cela me libère du temps, pour lire, beaucoup, pour écrire, un peu… Je vous propose une chronique lecture, en deux volets. Le premier, plutôt axé politique et écologie ; le second plutôt romans, même si chronologiquement, mes découvertes se mélangent un peu. Il m’arrive assez souvent de lire en parallèle un essai et un roman. Nous avons fait aussi un très beau voyage dans les Pouilles et dans les Abruzzes, mais ceci est une autre histoire qu’Oncle Paul vous contera aussi s’il est d’humeur. L’épisode du soulèvement populaire dans le Matese l’a fort intéressé.

Belle découverte ces dernières semaines, avec le livre « Comment je suis devenue anarchiste » d’Isabelle Attard, coédition « Reporterre » & « Le Seuil ». Surprise d’autant plus importante que j’avais abordé cet ouvrage avec pas mal de réticences, en partie à cause de ma déception après avoir lu l’essai de Fred Vargas, « L’humanité en péril ». Isabelle Attard a frappé à la bonne porte en évoquant la difficulté qu’il y a, dans le parler commun, à utiliser le terme « anarchiste » que les pouvoirs de droite comme de gauche ont réussi a trainer suffisamment dans la boue pour que son emploi dans une « discussion sérieuse » devienne problématique. Isabelle Attard, ex-députée EELV, s’en revendique et c’est tant mieux. Peut-être arrêtera-t-on enfin de tourner autour du pot et appellera-t-on « chat noir » ce qui en porte la couleur… Personnellement, j’aime bien le qualificatif « libertaire », mais celui-ci prête parfois à confusion, notamment avec son voisin linguistique « libertarien ». Les deux ont aussi peu de points communs que possible, à mes yeux… Alors, va pour anarchiste, même si Mme Michu est encore un peu effrayée par l’ombre du drapeau noir.

Beaucoup de bonnes choses dans le livre d’Isabelle Attard ; une belle synthèse par exemple des idées libertaires et de la façon dont elles ont été mises en pratique. Rien de nouveau, certes… Des choses que les « vieux de la vieille » du drapeau noir ont déjà lu et relu, mais présentées de façon telle qu’elles soient accessibles à ceux qui veulent bien prendre la peine de débrancher TF1, BFM, le Nouvel Obs… et autres médias de propagande, prendre la peine d’ôter les boules de cire que les marchands de sommeil leur ont mises dans les oreilles. Non, les anarchistes ne sont pas des terroristes, mais des gens qui ont des idées positives sur l’avenir du monde et qui ont payé le prix du sang pour essayer de les mettre en pratique face aux oppresseurs de toute origine. Non les anarchistes ne sont pas des assoiffés d’hémoglobine, des voyous ou des bandits comme l’ont proclamé d’une voix unanime les suppôts du capital, privé ou étatique… Plongez-vous dans l’histoire des luttes ouvrières depuis un siècle ou deux et vous trouverez, comme j’en ai trouvé, un terreau fertile pour les fleurs que nous devons à tout prix faire pousser dans les années à venir. (Pff !… quand je pense qu’en lisant des phrases pareilles chez les autres, j’ai envie de changer de chaîne…). Je vous invite à lire, histoire de ne pas faire de copier-coller indigeste, les quelques lignes que j’ai déjà écrites, sur ce livre, sur le site de « Reporterre » ou celui du réseau « Babelio ». Je ne voudrais pas donner l’impression de radoter ! Pour conclure, temporairement, une petite citation s’impose ; celle-ci est extraite du paragraphe « Emanciper la personne par l’éducation ». Elle énonce des principes et des idées auxquelles, ancien pédago Freinet, je ne peux que souscrire :

Plus j’avance dans mes lectures, plus j’approfondis l’étude de la philosophie anarchiste et de ce qu’elle a apporté à l’humanité, plus je prends conscience de sa capacité à nous aider à construire une autre société. Cette société radicalement différente de celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui dans nos pays occidentaux, dont l’économie est fondée, depuis plus de deux siècles, sur le capitalisme et l’individualisme. Pour parvenir à la naissance d’hommes et de femmes libres et égaux, il faut du temps. Un temps pour l’éducation, la formation, le développement d’un esprit critique et un temps pour la solidarité, le travail collectif. Et enfin, il faut prendre, lorsque cela est nécessaire, le temps de l’action, qu’il s’agisse de la désobéissance civile ou d’action directe. Pour vivre dans une société sans dieu ni maître, l’éducation est primordiale. Mais il ne s’agit pas de modeler le cerveau des futurs militants anarchistes comme dans des écoles d’endoctrinement politique ou militaire. Bien au contraire, l’objectif est de développer le questionnement, l’autonomie, l’esprit critique des futurs citoyens.

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