(Babelio) Critique de Paul

, par Le Nouvel Essai

Merci Isabelle (je me permets de te tutoyer même si je ne te connais pas) d’avoir écrit ce livre et de raconter ton cheminement personnel vers l’anarchisme. Merci car il faut avoir un certain courage, ainsi que tu décris le phénomène, pour accoler cette étiquette à son travail. le mot "anarchiste" ne provoque qu’effroi (ciel un terroriste !), mépris (des illuminés) ou haine collective (il suffit d’allumer un téléviseur pour s’en rendre compte).
Au début j’ai cru que tu ne faisais qu’enfoncer des portes ouvertes et que je me retrouvais face à une énième tentative destinée à provoquer les médias, à faire parler de toi. Après tout, cela fait presque une cinquantaine d’années que j’ai fait ce cheminement, et que je me suis rendu compte à quel point il était difficile à afficher dans notre société bien pensante. Certes beaucoup de nos contemporains connaissent les noms d’un Elisée Reclus, d’un Pierre Clastre, d’un Camille Pissarro et de tant d’autres, mais combien savent que ces personnalités, ont affiché leurs sympathies pour le mouvement libertaire. On évoque le décès d’un Alexandre Grothendieck, mathématicien génial du XXème siècle, mais quel chroniqueur a précisé que le même homme écrivait dans la revue "survivre et vivre" et incarnait les débuts de l’écologie libertaire en France ? Je pourrais ainsi donner des centaines d’exemples de personnages dont une part de l’existence a été tenue dans l’ombre par les historiens.
Au fil des chapitres, à la lecture de ton brillant exposé, je me suis dit que l’on dépassait largement le cadre d’un énième plaidoyer. Bravo pour ton livre qui devrait être mis à l’honneur dans les bibliothèques et dans tous les lieux d’éducation. C’est un synthèse fort bien construite et une porte ouverte sur un univers immense de réflexion.
J’espère que d’autres que toi feront cette démarche. A l’heure actuelle les idées anarchistes sont exposées ou mises en pratique dans de nombreux endroits (tu en dresses un début de liste passionnant) mais faute de revendication, faute de culture historique suffisante, il n’est qu’un petit nombre de branches qui revendiquent leur rattachement à l’arbre séculaire. Tant mieux, car l’important, avant tout, est que les idées se répandent dans les zones sensibles de la société ; dommage car l’utilisation de référents communs permet d’avancer dans le débat social et écologique global, en évitant de refaire toujours les mêmes erreurs.
Certes, je ne suis pas d’accord avec tous tes choix, avec toutes les références bibliographiques que tu donnes, mais tu combles aussi des lacunes, des silences en citant des personnalités ou des idées d’ouverture que les militants trop intégristes écartent parfois d’un geste méprisant fort peu libertaire. La place accordée à Bookchin est méritée ; la mention de personnages comme Camus ou Freinet est justice rendue à leur oeuvre.
N’aie pas trop de peine pour la perte de ton mandat de députée ; tu as ouvert la porte d’un univers passionnant. Bien plus qu’une idée politique, qu’une philosophie, l’anarchisme est une éthique à mettre en place au quotidien. Malatesta a raison : il nous faut de la patience, l’important est d’avancer dans la bonne direction.

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